La
mandore est un petit luth, garni de vingt-quatre cordes, dont les notes
les plus élevées s'adaptent par les chevilles au corps de
l'instrument. Jadis il n'y avait pas de Cosaque parfait sans un bon cheval,
une pipe culottée, une forte lance et une mandore. Ces quatre attributs
du vrai fils de l'Ukraine ne le quittaient jamais, et les hatas modernes
gardent encore aujourd'hui la vieille mandore, héritage sacré
de la famille. Il est rare que le bandouritte ne soit pas aveugle, et
s'il se voue à la vie nomade du mendiant, c'est moins par goût
que par nécessité. Généralement ce sont des
hommes doués d'une fantaisie et d'un humour qu'on chercherait vainement
chez d'autres. La bandouritte est toujours suivi d'un guide, povodyre,
petit orphelin auquel il transmet son trésor de doumi, de contes
et de chansons. La mémoire des bandourittes a de quoi confondre
; ils peuvent réciter tour à tour jusqu'à deux mille
morceaux de poésie, sans omettre ou transposer un seul mot. Quelques-uns
même improvisent. Beaucoup de bandourittes ont joui d'une célébrité
réelle dans les slobodes de l'Ukraine ; c'étaient de vrais
docteurs en sciences morales parmi les populations champêtres; quelques-uns
portent le titre de rois de sagesse : c'étaient de charmants conteurs
comme nos romanciers actuels, Alexandre Dumas, Timothée Trimm,
E.Berthoud, Ponson du Terrail ; ou de grands philosophes comme Pierre
Leroux, Jean Reynaud, P.J.Proud'hon, etc., et autres libres-penseurs. |